Frédérique Ries







Libre-échange UE-EU et exception culturelle, le Parlement se déchire

05/23/2013

Ambiance tendue hier soir en réunion du groupe libéral. En débat, le mandat qui sera donné à la Commission pour ouvrir les négociations avec nos partenaires américains. L’enjeu est énorme: des milliards d’euros, des millions d’emplois, des échanges bilatéraux qui dépassent les 3.000 milliards d’euros. Avec à la clé, un immense marché partagé qui boosterait cette croissance qui nous fait défaut et nous remettrait dans la course face à une Chine à la santé économique insolente.

La perspective est alléchante, la fenêtre d’opportunité définie, Obama a donné son feu vert dans son discours sur l’état de l’Union de février.

La Commission n’a pas attendu pour drafter elle-même et comme une grande le mandat qui lui sera confié par les capitales pour négocier au nom des 27. Et c’est sur ce cadre que le Parlement doit se prononcer aujourd’hui. D’où les échauffourées qui ont fait trembler les murs des salles de groupe hier soir au PE;-)

Chez les libéraux, c’est simple. Tous contre moi, ou presque. 20 prises de parole, 18 thuriféraires inconditionnels de l’accord, une opposante, Marielle de Sarnez, et une optimiste réaliste, moi. En substance, j’explique hier soir que les perspectives commerciales indéniables du futur partenariat ne doivent pas nous faire renoncer à notre âme. J’évoque les normes qui nous sont chères en matière d’agriculture et d’environnement, mais pas seulement. Les Européens ont dit niet au boeuf aux hormones, aux poulets chlorés, aux carcasses lactées, aux cultures d’OGM… normes cosmétiques? Que nenni, c’est d’un modèle dont je parle, et que nous ne braderons pas.

Même chose pour nos services audio-visuels, la fameuse « exception culturelle ». Leur inclusion dans la discussion ne pourra que déboucher sur un détricotage progressif de toutes nos politiques de soutien aux cinémas européens. Subventions, quotas, financements, partenariats…ne survivront pas à la déferlante hollywoodienne, sans parler des services en ligne! Gauchiste, dépassé, archaïque, …les qualificatifs fusent. Mes collègues s’acharnent avec assez peu d’élégance je dois dire. Et pourtant, c’est bien un combat pour la diversité et l’identité, c’est nos valeurs qui sont en jeu ici, c’est bien aussi une certaine conception du libéralisme. 17 ministres de la culture ne s’y sont pas trompés qui ont écrit à la Commission pour lui demander de préserver cette exclusion. Pour l’anecdote, un collègue allemand n’hésite pas à dire que son ministre est un idiot, et ses arguments déficients. Mmmm…top ambiance dans la coalition;-)

Bref, les libéraux comme un seul homme ne soutiendront pas l’exclusion culturelle. Comme un seul homme? Non, Louis Michel, 2 ou 3 Français et moi-même feront de la résistance; le vote de ce midi, dans 20 minutes dira s’il s’agit comme je le crains d’un baroud d’honneur.