Frédérique Ries







Budget européen: la fronde s’organise!

02/27/2013

Pow wow budget ce matin chez les libéraux européens. l’ADLE tenait une réunion extraordinaire pour affiner ses violons en vue de la réponse que nous allons faire au Conseil. Sur la table, le budget 2013-2020, et la feuille de route étriquée accouchée par les chefs d’Etat et de gouvernement aux petites heures du 8 février.

« Deal done! # Worth waiting for » twittait dans la foulée un Herman Van Rompuy, fourbu et confiant que le Parlement européen allait avaler la couleuvre.

Huge mistake!

En fait de réponse, le Président du Conseil va faire face à une fronde sans doute sans précédent. Union sacrée, assez rare pour être signalée, entre les 4 groupes principaux qui dès le 8 dénonçaient un budget dénué de tout outil de relance de la compétitivité de notre économie. La rigueur d’accord, quoique l’on demande à l’Europe de faire sans cesse plus et mieux avec moins de moyens, mais l’austérité figée pour 7 ans, et sans révision possible, aucun Etat membre ne l’accepterait pour son budget national.

Mais qu’en est-il précisément de ce budget? Une précision d’abord, c’est tous les 7 ans, et non annuellement que l’Union fixe son cadre financier pluriannuel, CFP pour les amoureux des acronymes. L’enveloppe sur laquelle les chefs d’Etat se sont mis d’accord est à la baisse pour la première fois de l’histoire européenne. 960 milliards d’euros, soit moins 3,4%, près de 34 milliards, par rapport au budget 2007-2013! En d’autres termes, le budget européen en 2020 serait ramené au niveau de…2003, avant la crise, avant l’élargissement à l’est. Et ce sans aucune clause de révision.

Mais avant même le montant de l’enveloppe globale, c’est le mépris total affiché par le Conseil pour les propositions de la Commission et du Parlement qui fait grincer les dents.

Croissance, compétitivité, investissements d’avenir, recherche, infrastructures, mais aussi et surtout aide aux plus démunis, place de l’Europe dans le monde. Autant de postes rabotés par nos éminences. Pas de souffle, pas de vison, pas d’ambition. Des cadeaux en revanche, accordés par Monsieur Van Rompuy pour permettre à chacun de rentrer chez lui en grand vainqueur. Amusant non de constater que Cameron, champion de l’économie, et Hollande, grand ordonnateur des dépenses se sont tous les deux auto-proclamés rédacteur en chef du texte! 53 dérogations, 53 cadeaux, négociés à huis-clos dans la tour d’ivoire du Juste Lipse fermée à double tour et dont on a, pour une nuit, jeté la clé au fond d’un puits 😉 . Un peu de PAC pour Hollande (ridicule 3 jours à peine après son discours ambitieux devant le Parlement!), un rabais et surtout l’austérité confirmés pour Cameron, et pas seulement, l’austérité encore, et une belle enveloppe pour Leipzig pour Madame Merkel, un fonds chômage-jeunes de 6 milliards pour Rajoy, une ristourne pour Thorning-Schmidt. Etc, etc, etc…

Bref, pour les libéraux, ce sera « Non, sauf…. ».

Notre réunion de ce matin visait à déterminer le ton du texte que nous allons déposer en vue des négociations qui doivent être menées pour aboutir à une position du Parlement. Dans le courant du mois de mars si possible. Ensuite? Un round avec le Conseil pour tenter de rapprocher les points de vue. Au vu des déclarations et de la campagne de lobbying menée par Herman le VRP du Conseil et les gouvernements nationaux, ce sera …rock and roll. Pas grave, j’ai envie de dire. Après tout, qu’est-ce qui presse? Sans accord, on fait comme chez nous avec les douzièmes provisoires, les plafonds du budget 2013 s’appliquent, et ainsi de suite.

Il n’y a à mon sens pas de raison de plier.

Mais il est une urgence, une seule.

Expliquer, décoder, déminer ces textes et propositions illisibles pour le commun des mortels. Dire pour quelles raisons nous partons en guerre.

Capituler ici et maintenant serait consacrer la victoire de David Cameron et de l’inter-gouvernementalisme, couler dans le bronze la faillite du projet européen tel que nous le rêvons.

« Le pire n’est pas certain », je crois que c’est de Churchill 😉 Les stars du Conseil ont fait leur tour de piste, c’est à l’équipe du Parlement maintenant de monter sur le terrain. Il en va de l’adhésion de plus en plus fragile des européens et des européennes. Je n’aime pas les incantations gratuites, mais nous sommes condamnés au succès!

ARTICLE DE LA TRIBUNE du 8/02/2013

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