Frédérique Ries







Glyphosate, une saga sans fin ?

06/07/2016

Toujours pas de clap de fin dans la saga glyphosate avec l’absence, pour la troisième fois en quelques semaines, d’accord entre les experts des 28 États membres sur le renouvellement de son autorisation.

Pourtant la Commission avait mis les formes en proposant une version « très allégée » de réautorisation provisoire du glyphosate de 18 mois. Cela s’est avéré insuffisant. On notera tout de même le changement de position de la France, jusqu’à présent dans le camp du non, et qui s’est abstenue. Pas forcément une bonne nouvelle pour la prochaine étape!

La Commission européenne joue son va-tout.

Faute d’obtenir le soutien d’une majorité qualifiée au Conseil (55% des Etats membres, représentant 65% de la population), la Commission va actionner une procédure d’appel, probablement le 20 juin. Il faut dire que la décision est urgente puisque la licence actuelle du désherbant controversé arrive à échéance le 30 juin.

Il y a donc de fortes probabilités que la Commission prenne avant fin juin une décision de renouvellement du glyphosate pour une courte période, entre 12 et 18 mois, sans le soutien des États membres.

Car l’autre option possible : à savoir laisser l’autorisation expirer, faire face à d’éventuelles poursuites juridiques par l’industrie et ne pas proposer aux fédérations agricoles de solution alternative à grande échelle ne semble pas envisageable.

Le dernier mot reviendra certainement à l’Agence EU des produits chimiques, et pas avant 12 mois.

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui est responsable de la gestion du processus de classification des substances chimiques dangereuses décidera du sort du glyphosate en Europe.

Glypho1000001Plus précisément, il est fixé que le comité d’évaluation des risques de l’ECHA remette un avis sur la cancérogénicité probable du glyphosate avant fin 2017. C’est sur la base de cet avis que le glyphosate sera ajouté ou non à la liste des substances chimiques « très préoccupantes » interdites dans l’UE.

Qui prendra à terme la place du glyphosate ?

Des pratiques agricoles reposent déjà sur des méthodes naturelles, telles le BRF (bois raméal fragmenté), et le désherbage thermique (par eau chaude ou vaporisation) ou l’usage de désherbants biologiques. Il est impératif d’y recourir plus souvent. Pourtant, dans un secteur marqué par des regroupements industriels, la fusion possible entre Bayer et Monsanto en est le denier exemple, la course au brevet pour le « glyphosate du futur » est lancée.

La société américaine Monsanto a par exemple investi depuis 2015 plus d’un milliard de dollars dans la production d’un herbicide alternatif, le dicamba, visant principalement les cultures du coton et du soja génétiquement modifiés. Bémol, selon ses détracteurs, cette molécule dérivée du benzène est un perturbateur endocrinien.

La société concurrente américaine Dow AgroSciences, a pour sa part développé un nouvel herbicide combinant la substance active de l’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique avec le glyphosate.
En attendant la découverte d’une molécule de synthèse aussi stable et moins nocive dans les années à venir, tout laisse à penser que l’industrie agrochimique n’est pas prête à abandonner TOTALEMENT l’usage du glyphosate dans la fabrication d’herbicides hybrides.

Pour Frédérique Ries : « de report en vote sans majorité, les États membres risquent bien de laisser provisoirement la Commission décider seule du sort du glyphosate. Mais au final cela reste une victoire politique que d’avoir poussé la Commission européenne dans ses derniers retranchements. On est loin du chèque en blanc des 15 ans proposé à l’origine. Aux États membres, et aux régions pour la Belgique, de prévoir les restrictions d’usage qui s’imposent pour protéger la santé des européens ».

Et la députée européenne libérale de se projeter post publication de l’étude de l’Agence européenne des produits chimiques : « Car la question va bien au-delà de l’interdiction programmée de la substance active glyphosate. C’est la dépendance de notre société au tout chimique qui doit être repensée. L’Europe doit saisir cette fenêtre d’opportunité de 12 à 18 mois et s’assurer de viser deux objectifs dès 2018 : moins de pesticides pulvérisés dans les champs et les vignes et zéro pesticides dans les jardins publics et terrains de jeux » .

Contact :

Patrice Audibert
Assistant Parlementaire de Frédérique Ries
04.97.23.83.47