Frédérique Ries







Entre éthique et respect du bien-être animal, les députés européens refusent un « menu Dolly »

09/09/2015

C’est un signal très clair qu’a donné hier le Parlement européen en votant à une large majorité (529 voix contre 120) l’interdiction du clonage des animaux élevés et reproduits à des fins agricoles dans l’Union européenne. Cette interdiction vise en pratique les importations éventuelles de lait et de viande issue d’aliments clonés puisque l’Union européenne ne commercialise pas ce type de produits sur son territoire. À titre d’exemple, l’Europe importe chaque année 300.000 tonnes de viande bovine, et en l’absence de système de traçabilité mis en place dans les pays où la technique de clonage est autorisée, il est impossible de connaître la part provenant du clonage.

Un parlement sur la même longueur d’onde que les citoyens européens

Contrairement à la Commission européenne qui souhaite limiter l’interdiction de commercialisation à l’animal cloné lui-même, le Parlement européen a étendu l’interdiction aux descendants des animaux clonés, aux produits germinaux (embryons et sperme) et même aux produits qui en sont issus comme la viande ou le lait.
Les députés européens relaient ainsi les préoccupations exprimées par les citoyens qui, à plus de 80 %, se disent être contre le clonage animal selon une enquête de l’Eurobaromètre de 2010. Il est également important de souligner que les agriculteurs européens ne sont pas demandeurs de cette technique qui, par ailleurs, coûte très cher: entre 15.000 et 20.000 euros pour produire un animal cloné.

Le clonage animal : une technique pas au point, interdite en Europe cochonsclones

Actuellement pratiquée par d’autres pays comme les États-Unis, le Brésil, l’Argentine ou la Nouvelle-Zélande, la technique du clonage à des fins agricoles est loin d’être au point. Le taux de mortalité est élevé et les problèmes nombreux à tous les stades du développement de l’animal cloné, comme le rapporte une enquête de 2008 de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Le taux de réussite reste très faible, il ne dépasse pas 6% pour les porcins et 15% pour les bovins.

Une législation européenne qui tarde à voir le jour!

Après l’échec des négociations en 2011 sur le Règlement “aliments nouveaux”, il semble que la leçon n’ait pas été bien retenue par la Commission européenne. Il est essentiel que la raison l’emporte sur ce sujet sensible dans l’intérêt premier des consommateurs européens, même si le Parlement européen doit rester ferme sur les principes: interdiction du clonage pour toutes les espèces, y compris pour les descendants d’animaux clonés et mise en place d’une traçabilité et d’un étiquetage efficaces.

Et Frédérique Ries de préciser: “la Commission européenne doit comprendre une chose: le Parlement européen s’opposera toujours à une législation au rabais sur une question aussi sensible, où la science, mais aussi l’éthique, la protection des consommateurs et le bien-être animal doivent être pris en considération.

La brebis Dolly doit rester une première scientifique et ne pas devenir le nouveau plat servi au menu européen.